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Le noir total

Vendredi soir. Tu assistes à un show de musique. Un de tes groupes préférés. Tu as sûrement bu de l’alcool. Un peu trop même.

Tu as mangé de la pizza avant de sortir. Une pizza surgelée, parce que cela se mélangeait bien avec la bière de bas de gamme que tu absorbais pour démarrer la soirée, mais surtout parce que tu n’avais pas eu assez de temps pour te préparer autre chose après le travail.

Travail pour lequel tu t’échines jour après jour et que tu détestes. Mais tu n’oses pas le quitter. Parce que le taux de chômage est trop élevé et parce que tu as étudié dans un domaine sans avenir.

Au moment où tu avais choisi ton orientation, tu étais âgé de 18 ans et tu rêvais de donner un sens à ta vie. Tu croyais qu’il suffisait d’étudier ce qu’on aimait et que quand on reste passionné, on finit par s’en sortir. Mais la fin des études a marqué le début de l’amertume.

Des centaines de CVs envoyés. Des entrevues désespérantes. Un loyer hors de prix à payer pour une chambre de bonne.

Et te voilà maintenant 15 ans plus tard, à te lever chaque matin à 7h, pour que ton patron se remplisse les poches d’argent et parte le dépenser, avec sa petite famille parfaite, dans un Club Med de Tunisie, tout en refusant le 2% d’augmentation que tu avais demandé.

Il te reste le plaisir de te divertir les fins de semaine. Profiter intensément de ces 48h de liberté et de jouissance, pour revenir chaque lundi matin, tel un automate, à ton bureau, devant l’écran mal positionné, et qui te donne gravement mal au cou.

Tu adores la musique. Tu penses souvent que les chansons disent ce tu penses au fond de toi-même, mais toi, tu n’es pas un artiste et tu n’es pas capable d’extérioriser tes émotions. Alors tu ne peux que les écouter avec passion.

Tu trouves que la musique en direct, est encore plus jouissive. Et chaque concert que tu assistes, tu es heureux. Tu te dis que c’est quand même chouette de vivre et de planer.

Tu finis par penser que la rancœur de la semaine n’est pas si inutile. Le salaire rentre dans ton compte et te laisse l’opportunité de t’amuser. Parfois, tu amènes une jolie fille que tu fréquentes. La plupart du temps, tu sors avec tes amis. Le dimanche soir arrive toujours trop vite mais au moins, tu profites.

Et puis, ce soir-là, tout s’est achevé. D’un tir de mitraillette. Parce que des arriérés ont cru qu’ils avaient le droit de décider que tu méritais de mourir au nom d’une cause abstraite.

Toi, qui ne faisais pas de bruit, mis à part lorsque tu avais bu un verre de trop et que tu chantais à tue-tête dans la rue.

Toi, qui ne demandais pas grand chose, mis à part le droit d’apprécier les douces joies de la vie parisienne pour compenser l’abrutissement de ton travail de la semaine. Ces joies simples typiques de la Ville Lumière. Ces stéréotypes qu’on met en scène dans les films et les livres depuis des décennies.

Mais à Paris, ce qui est beau, c’est que les clichés sont souvent vrais. Et toi, tu étais devenu un vrai cliché de ta génération.

Ta vie n’était pas extraordinaire mais la plupart du temps, elle valait la peine d’être vécue.

Certains ont jugé que non. Parfois, il n’y a pas grand chose à comprendre.

Des shows de musique, tu n’en écouteras plus jamais, et le temps passé à compter les minutes, assis dans ton cubicule, n’aura pas longtemps servi.

 

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