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Le Festival d’été de Québec : survire à 22 shows en 10 jours

Voilà un an que je vis à Québec. Je commence à prendre le rythme de la capitale et faire cette singulière ville, mienne. Le dynamisme de Montréal me manque évidemment,  mais j’ai appris à profiter des bienfaits de chacune des villes et de me rendre compte, que j’ai une chance incroyable de fréquenter les deux.

Or, on ne peut pas connaitre Québec sans avoir vécu au moins une fois l’expérience du festival d’été. Une fois par an, pendant 10 jours, les rues du centre-ville se remplissent et les plaines d’Abraham, entre autres, se métamorphosent pour accueillir des dizaines de milliers de fans de musique en tout genre.

Le Festival d’été de Québec :  une période grandiose pour Québec

Les terrasses sont bondées de touristes à longueur de journée, les serveurs accumulent leur pécule pour le reste de l’année et il vaut mieux être patient lorsqu’on doit circuler en bus, voiture ou même à pied.

Alors que ce genre de situations restent la norme de mai à septembre, pour les montréalais, cela devient ahurissant pour une ville si tranquille et réservée, composée en majorité de fonctionnaires, qu’est Québec.

Beaucoup de gens d’ici s’en plaignent. Pour moi, cela reste la période la plus grandiose de l’année. Je suis tombée amoureuse de la ville justement, pendant un festival d’été, il y a plusieurs années de cela. Et depuis, mon plaisir  d’y assister n’a fait que décupler.

Le Festival d’été de Québec, c’est 10 jours et 22 shows.

Pour une passionnée (ou plutôt obsédée) de la musique comme moi, cela suffit pour atteindre l’apothéose. Rajoutons à cela que je logeais à exactement 5 min à pied de chacune des scènes et qu’il n’était pas tombé une goutte de pluie de toute la durée du festival.

Tout était réuni pour me faire vivre une expérience unique et inouïe. Il ne me restait plus qu’à acheter mon macaron bleu et c’était parti!

Je peux diviser en deux catégories les émotions que j’ai ressenties lors de ces différents événements scéniques : d’un côté, il y a ceux qui m’ont amusée parce qu’ils me rendaient nostalgiques ou parce que l’intensité de la foule était contagieuse et de l’autre côté, il y a ceux qui m’ont fait frissonner de la tête aux pieds.

Je n’ai jamais compris les critiques qui séparent la musique en deux mondes : la populaire commerciale et celle plus indépendante. On oppose toujours  une musique jugée noble et de qualité car elle n’attire pas de grande foule et celle, plus populaire et facile d’accès et qui ne  devrait pas mériter l’attention des gens.

Moi je dis que toute musique est bonne, tout dépendamment du contexte. Je réclame le droit aussi au divertissement gratuit et vide. La musique, comme tout autre art, sert à faire réfléchir  mais elle se doit aussi de divertir. Parce qu’un roi sans divertissement, est un homme plein de misère, n’est-ce pas?

Il y a des romans de gare qu’on jette à la fin du voyage et il y a les chefs-d’œuvre qu’on collectionne dans notre bibliothèque. Il devrait en être de même pour la musique.

Le festival semble avoir bien compris ce concept en nous proposant toujours des gros groupes qui ont accumulé les numéros un des palmarès sans inventer grand-chose de nouveau, et des artistes plus innovateurs, peu connus du public non averti.

Comprenez-moi bien, je n’irai jamais payer pour aller voir LMFAO toute seule par exemple, mais lorsque le festival me le donne au milieu d’une multitude d’autres artistes de tout genre, je ne vais sûrement pas bouder mon plaisir à aller danser avec frénésie au son de leur musique hautement vulgaire sous prétexte que je suis supposée être une intellectuelle.

Deux bouteilles de champagne et deux amies déchaînées m’ont aidée à apprécier LMFAO à leur juste valeur : des fêtards futiles. Et avoir la chance de voir une dizaine de garçons bien bâtis, danser en slip au rappel n’était pas désagréable non plus.

En ce qui concerne Aerosmith, The offsprings et Our lady peace, ça répondait plus à un désir de douce revanche nostalgique. Lorsque ces groupes étaient considérés branchés, j’étais trop jeune pour assister à leur shows,  et je ne pouvais pas accompagner ma sœur, plus vieille de quelques années et forcément plus cool car elle allait déjà au secondaire, se faisait teindre les cheveux en rouge et embrassait son chum rebelle, sur le canapé.

Du coup, je ressentais constamment une frustration de ne pas avoir vieillie assez vite, alors que j’avais déjà atteint une certaine maturité dans mes goûts musicaux. Je me suis maintenant rattrapée mais j’ai quand même été effrayée de voir que tous les membres de ces groupes sont devenus des papys (mais en forme au moins…).

Lors des autres soirées, j’ai boudé les plaines en m’installant au « pigeonnier », petit parc coincé entre les différents immeubles du gouvernement, qui était à l’époque la seule scène du festival (au temps ou y faire jouer un artiste non francophone était vu comme un sacrilège). City and colours, Thus Owl, Loney Dear, Beirut et The Barr Brothers sont autant de découvertes faites sur scène.

Rien n’égal les émotions qui découle de la musique live. Toute la puissance des instruments et des voix fait vibrer de la tête aux pieds. J’ai souvent été déçue en achetant un album après avoir pourtant vécu un coup de cœur sur scène; les sensations sont moins au rendez-vous.

Les bons musiciens en direct nous offrent toujours des surprises, se lancent dans des improvisations et acceptent les imperfections. Une vraie belle musique peut laisser transparaître des inexactitudes; une justesse trop lisse est souvent artificielle et ennuyante.

Quand je vais voir un artiste en spectacle, je ne recherche pas à entendre ce que j’ai déjà fait jouer mille fois dans mon Ipod. J’en veux plus. Je veux atteindre l’essence même de sa musique. Je veux être surprise ou même dérangée alors que je connais par-cœur toutes les paroles.

Et justement, outre un Jean Leloup en pleine forme qui a su ranimer avec brio, tout son répertoire monumental, Patrick Watson m’a complètement transportée. 11 musiciens sur scène. Jamais en écoutant son dernier album Adventures in your own backyard, dans mes petits haut-parleurs de bureau, je n’aurais pu soupçonner que sa musique était si riche et complexe.

Sa voix était d’une beauté inégalée sans jamais partir dans des cris aigus et il paraissait si relax alors que pourtant des milliers de personnes aux macarons clignotants, le regardaient.

On aurait cru qu’on le surprenait, avec ses copains, dans son salon en train de jouer pour le plaisir. J’ai tressailli pendant les 2h de show. Mais quelle consternation de rentrer chez soi après, de sortir de  sa bulle de joie musicale et d’essayer sans jamais y parvenir, de retrouver le même ébranlement en regardant des vidéos sur Youtube!

Ah, l’éternelle frustration que l’on vit face aux plaisirs intenses mais éphémères de ce monde!

En attendant, j’étais quand même contente de voir arriver le dimanche soir, afin de mettre fin à ce marathon musical.

Je commence peut-être à vieillir mais jongler entre le travail et les courses effrénées quotidiennes pour arriver sur les plaines avant qu’ils n’en ferment les portes, m’a épuisée.

Le mercredi, j’ai même failli faire une pause et poser un lapin à Skrillex, mais je me suis accrochée, je me suis dopée au Monster (c’est bien la dernière fois que je bois cet ignoble jus de bonbon) et j’ai rejoint les milliers de jeunes prépubères habillés de fluo. Je voulais aller au bout de ce programme intensif de musique, ne pas paraître pour une lâche qui abandonne en pleine course.

Je désirais finir la semaine en proclamant fièrement à tous : « I dit it! ». Mais, j’ai maintenant hâte de retrouver la quiétude propre à Québec.

Je mentirais en déclarant que tout a été parfait : ce n’est malheureusement pas parce qu’un chanteur monte sur scène, qu’il va offrir une bonne performance.

Deux exemples illustrent ce qu’on ne veut pas voir dans un Festival.  D’abord, Ron Sexsmith, vieux chanteur anglais insignifiant, pourtant présenté comme la révélation de l’année, a failli m’achever et m’a surtout donné beaucoup d’idées noires (j’hésitais entre me suicider s’il jouait une autre chanson ou monter sur scène pour lui balancer sa guitare à la figure).

Une chance que City and colours est venu me sortir de ma torpeur dépressive.

Enfin, Dashboard Confessionnal, en première partie de Bon Jovi, s’est complètement ridiculisé, en entrant sur scène par une note si fausse, qu’elle m’a fait hurler de douleur. Pour ceux qui ne connaissent pas, vous ne ratez rien, mais pour votre culture personnelle, ils ont composé la chanson de Spiderman II.

45 minutes de gémissements douloureux et pathétiques et de piètres accords de guitare; forcément, Bon Jovi a bien paru par la suite ou comme un dieu venant nous sauver de la médiocrité.

Mais comme le prix du billet du festival d’été de Québec est si peu élevé, on supporte plus facilement ces frustrations d’avoir perdu son temps à écouter de la mauvaise musique.

Je pense dormir 12h par nuit, pour les 4 prochains jours et faire des rêves mélodieux, afin de me remettre de toutes ces sensations.

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